
Faux la Montagne : un petit village de 364 habitants en Creuse qui abrite un étonnant échantillon de structures relevant de l'économie sociale et solidaire. Coopératives ou associations, elles représentent aujourd'hui 44 emplois, soit le tiers de la population active occupée.
Deux structures « historiques »
Dans les années 70, le pays meurt, l'exode est permanent. Mais un faisceau de circonstances va contrer le phénomène : l'arrivée des premiers néo-ruraux, le retour au pays de jeunes diplômés, l'activisme de quelques prêtres ouvriers qui créent l'association les Plateaux Limousins et les fêtes du plateau qui réunissent chaque année les acteurs du pays et favorisent leur rencontre. Le futur maire revient au pays avec l'intention de devenir agriculteur. Il est alors entraîné dans l'aventure du développement local avec ses deux collègues de Peyrelevade (Corrèze) et Gentioux (Creuse). Leur attitude: accueillir tous ceux qui veulent s'installer, sans discrimination aucune, aider tous ceux qui se présenteront. Parmi ceux-ci un groupe d'étudiants venus à un séminaire organisé fortuitement dans le coin. Ils rencontrent des personnalités locales, exposent leur projet de scierie (la future Ambiance Bois), participent à une fête du plateau et décident de s'installer ici plutôt qu'ailleurs. Pour la mairie, c'est une opportinuté à ne pas laisser échapper. Dans le même temps, l'idée est lancée de mettre en place un média local, pour faire lien, parler du plateau autrement qu'en termes de désertification. Le groupe répond à l'appel et s'intègre d'emblée à la démarche de développement local. Télémillevaches est née.
Faux au coeur du réseau
C'est donc de la rencontre d'un volontarisme économique ouvert, d'une vision à long terme de la part de la municipalité, d'un militantisme social et d'idéologies convergentes que s'est constitué le terreau propice à l'installation de structures de l'ESS. Cette dynamique et l'effet de réseau attire d'autres porteurs de projets. Anticipant les besoins, la commune rachète les murs de différents commerces (restaurant, épicerie), aide la pharmacie à regagner le centre du bourg, favorise la création d'une halte-garderie, soutient toute association en partant du principe que la vie économique est tributaire du lien social : le maintien de la population est au coeur de ses préoccupations. Dans le même esprit, Faux la Montagne, Gentioux et Peyrelevade créent en 1992 une des premières communautés de communes de France, sur deux départements. La mise en place récente d'une maison médicale intercommunale participe de la même démarche. Ces conditions ont fait de Faux la Montagne un village phare du plateau de Millevaches, concentrant un certain nombre de personnes et de structures ressources sur lesquelles sont souvent orientés les nouveaux arrivants. Lesquels découvrent un tissu de structures agissant en interaction sur des thèmes divers : éco-habitat, accueil de nouvelles populations, festival (Folie ! les mots), médias, activités artistiques et de loisirs... L'effet réseau joue à plein même s'il n'est pas toujours formalisé. Les consommateurs privilégient les producteurs locaux (un GAEC, une coopérative d'achat, une boulangerie associative...), informations et conseils s'échangent, réunions et réflexions communes sont monnaie courante.
Les nouveaux enjeux
La « sauce » a donc bien pris à Faux la Montagne. Cela est dû à une culture partagée qui privilégie le collectif, l'investissement personnel hors travail et ne fait pas de l'intérêt strictement économique une priorité. La nouvelle municipalité travaille dans la continuité et poursuit la politique d'accueil instaurée depuis trente ans. L'ESS prend une place de plus en plus importante et apparaît comme porteuse d'avenir. La dynamique s'étend aux alentours en se diversifiant. Pourtant la population a baissé de 7,6% entre 1999 et 2006. C'est que le solde migratoire excédentaire ne compense pas le solde naturel négatif et la tranche d'âge 20-30 ans s'exile toujours pour les études. Pourtant de nouveaux groupes s'installent autour de la commune, les jeunes retraités ayant fait carrière ailleurs y reviennent, même si c'est parfois avec une vision politique différente... La faiblesse démographique et ses effets de seuil vite atteints peuvent fragiliser à terme cette dynamique. Mais le pari est aujourd'hui de concilier tous ces paramètres afin de maintenir l'ouverture du territoire aux projets innovants et d'entretenir la capacité d'accueil de la commune et de son territoire environnant.
Eliane Dervin
Pour en savoir plus : « Télé Millevaches, la télévision qui se mêle de ceux qui la regardent » Editions REPAS.
L' ESS A FAUX LA MONTAGNE
Ambiance Bois : scierie-raboterie, SAPO (Société anonyme à participation ouvrière) installée en 1988, elle rassemble près de 50% des emplois de l'ESS avec 21 postes salariés (Voir Interdépendances n° ?). Télé Millevaches : l'association sort son premier magazine en avril 1986, compte aujourd'hui 4 emplois salariés. Tom Pousse : association, halte-garderie, accueille une dizaine d'enfants, avec 4 emplois salariés. Bonne Pioche : association née en 2004, cultive le lien social à travers les jeux, 2 postes salariés. De Fil en Réseau : association tête de réseau dont le but est l'accueil de nouvelles populations, 3 salariés. APEHPM : association de promotion de l'éco-habitat sur le plateau de Millevaches, s'est constituée autour d'un projet d'éco-quartier, 1 salarié. La Navette : installée en 2007, SCOP depuis janvier 2009, 8 salariés, rédacteurs dans le domaine de l'ESS. ... et une vingtaine d'associations animées par des bénévoles.
LE MOIS DE L'ESS A FAUX
Les vendredi 6 et samedi 7 à l'occasion du mois de l'ESS, les acteurs économiques et sociaux de Faux la montagne organise deux journées portes ouvertes. Au programme: Vendredi : 14 h - Inauguration : Pourquoi ces journées, petit historique, les questions qu'on se pose, les problèmes à résoudre Discours des élus invités (en principe CR, CG, Cres) 15 h - 18 h : Parcours dans les entreprises et associations du village (différents parcours thématiques) 19 h : Apéro -offert - buffet payant 20 h 30 : Salle des fêtes - Théâtre et débat autour de la pièce : Travailler peu, vivre beaucoup <http://www.lachelidoine.fr/TPVB.php> de la Chélidoine
Samedi : 10 h à 12 h 30 : Séminaire-réflexion ouvert au public : Elus territoriaux et acteurs locaux de l'ESS, thème : on travaille déjà bien ensemble mais que peut-on améliorer et comment ? 12 h 30 : apéro 13 h - 14 h 30 : repas libre au restaurant du village et/ou pique nique au lac de Faux 14 h 30 -17 h : Suite des parcours découvertes 17 h 00 - 19 h : Table ronde Micro et macro : Quels rapports entre ces deux mondes de l'ESS, quels avantages et quels inconvénients de l'un et l'autre monde. Comment les faire mieux fonctionner ensemble ? Avec les représentants des différentes structures partenaires - Banque, assurance, coopérative qui voudront bien répondre à l'invitation et les acteurs locaux.
19 h apéro-buffet et soirée ESS avec orchestre et bal.
Dans la salle des fêtes durant les deux jours : Exposition de présentation des structures avec des panneaux proposant une analyse financière de l'impact sur le territoire et poids sur le financement public (peut faire des panneaux de fin d'expo) Table de presse avec la documentation sur les structures et sur l'ESS en général, y compris les documents de la Cress et des partenaires. Point Internet avec présentation des sites de ces mêmes partenaires.
Présence confirmé d'étudiants filières de l'ESS de l'IUT de Chateauroux sur les deux jours.