Retour sur les JPO





Faux la Montagne : 364 habitants, mais une vitalité étonnante rapportée à ce modeste chiffre. Le dynamisme associatif en est la preuve : 27 associations soit une proportion quatre fois supérieure à la moyenne nationale ! Et parmi les emplois, plus de 30% dans l'économie sociale : coopératives et associations contre 10% sur l’ensemble du territorie. C'est pour comprendre ce paradoxe (une faiblesse démographique juste enraillée, un dynamisme important porté par l'économie sociale) qu'ont été organisées les journées de l'ESS à Faux les 6 et 7 novembre.
L'ESS hors ses murs ?
Pour
analyser la situation, les structures reconnues de l'ESS (1), ainsi que la
vingtaine d'autres associations (dont le rôle social, mais aussi économique,
est essentiel), ne doivent pas être isolées des autres acteurs de la commune.
Acteurs publics comme la municipalité ou la communauté de communes, acteurs
privés comme les commerçants ou les professions libérales réunies dans la toute
récente maison médicale. Lors des débats, cette alliance objective entre des
structures qui se revendiquent de l'économie sociale ou dont les statuts les y
agrègent, et les autres (artisans, commerçants, libéraux) apparaissaient comme
une évidence pour les élus présents. L'ancien maire, l'actuelle, le conseiller
général l'ont bien dit. Ce qui compte c'est l'activité, le dynamisme créé et
les besoins sociaux auxquels ils répondent. A tel point que l'appel à projets
du parc naturel régional en direction des acteurs de l'ESS considère comme
pouvant relever de ce périmètre des projets individuels.
Proximité, solidarité, coopération
Paradoxe pour une économie qui se définit entre autres par la dimension
collective de ses démarches (il faut au moins être deux pour créer une
association !). Cette extension du champ potentiel de l'ESS par l'impact
positif sur le territoire et la complémentarité des initiatives, quels que
soient leurs statuts, n'est néanmoins pas sans poser question.
S'il est clair qu'on ne vient
pas ici pour faire du profit (élément qui rapproche de fait ces diverses
initiatives), l'organisation interne du travail, la question de la répartition
du pouvoir et des éventuels bénéfices demeurent aux yeux de certains comme des
discriminants fondamentaux qui spécifient toujours l'économie sociale. Ne
confondons pas, complètement du moins, développement local et économie sociale.
Enfin, une convergence majeure apparaissait dans les débats sur un thème
fondamental de l'économie sociale : l'économique n'est pas premier ;
il n'est ici qu'un des aspects de l'organisation sociale au service des
habitants et de leurs besoins.
L'ES n'est pas faite que pour les territoires ruraux !
Aux regards
des visites effectuées lors de ces journées portes ouvertes et des débats, il
pouvait sembler que l'économie sociale était typiquement faite pour s'épanouir
dans des territoires ruraux marginalisés comme le plateau de Millevaches. Des
étudiants de Châteauroux (pourtant pas une mégapole) s'en étonnaient. Il est
vrai que historiquement l'économie sociale s'est d'abord construite comme une
réponse ouvrière à l'industrie capitaliste, c'est à dire face aux usines, en
milieu urbain. Aujourd'hui, des initiatives en ville existent toujours et il
paraît plus juste de dire que l'économie sociale se développe d'abord là où le
marché ne vient pas ou ne vient plus : des espaces (ruraux ou urbains
donc) qui sont considérés comme non compétitifs par l'économie classique et
délaissés pour cette raison même. Le rural de ce point de vue est globalement
concerné.
Réformisme ou révolution ?
Derrière cette question
c'est le reproche sous-jacent qui peut être fait à l'économie sociale d'être
une économie réparatrice. Le reproche peut du reste devenir explicite.
L'économie sociale ne serait plus alors qu'une « case dans le
désastre » empêchant de penser l'évolution du monde et d'y apporter les
« vraies » réponses. Une incitation à ressourcer nos pratiques
d'économie sociale dans le potentiel révolutionnaire – on peut le dire – d'une
économie plus collective, attentive aux besoins sociaux et prise en main par
ses acteurs eux-mêmes. Réancrage dans le terrain et sur les hommes qui, certes
sans faire basculer les trônes et les puissances, avance les pions d'une autre
organisation du travail et d'une plus juste place de l'économie dans la
société.
Une économie importée ? « Les gens d'ici » et les « néos ».
Autre question qui a traversé les débats, c'est celle de l'intégration de
cette économie, souvent associée à de nouvelles pratiques, voire à une nouvelle
culture, dans un pays qui a pourtant connu quelques figures de l'économie
sociale historique (Pierre Leroux, Martin Nadaud...) et de nombreuses
coopératives.
Il
est exact que la plupart des initiatives présentes à Faux ont été importées par
de nouveaux habitants venus s'y installer depuis une trentaine d'années et
soutenus par les élus qui ont toujours revendiqué cette politique volontariste
d'accueil. On pourrait discuter du diagnostic porté par quelques voix sur cette
dichotomie, certes réelle, mais qui recouvre en grande partie une fêlure qui
est moins liée au type d'économie soutenue, qu'aux aléas plus globaux incarnés
au cours du XXe siècle par l'exode rural et la concentration urbaine. Tout au
plus peut-on se demander si dans la construction actuelle des « nouvelles
ruralités », forcément déstabilisantes pour les rescapés de « l'ancien
monde », l'économie sociale n'a pas une place prépondérante.
Concertation et modernité
Par delà ces différences et ces questionnements, un consensus c’est fait jour au fil des débats. L’économie sociale et solidaire, dans son acception la plus étendue est un formidable outil de production de nouveaux services pour dynamiser et revitaliser un territoire. Ses valeurs, égalité, coopération, solidarité s’articulent particulièrement bien avec les pratiques de concertation indispensable au fonctionnement d’une démocratie participative. Peut-être que nos territoires sont-ils en train de créer, avec ces outils, un nouveau modèle de développement où la croissance n’est pas l’alpha et l’oméga de l’action publique et où le bien vivre prend le pas sur le toujours plus.





(1) (la Sapo Ambiance Bois, la Scop La Navette et les sept associations employeuses de la commune - Télé Millevaches, la halte-garderie Tom Pousse, la maison des jeux Bonne Pioche, l'APEHPM, De fil en réseaux, le Village vacances de Broussas, le Brin de zinc)